On parle beaucoup de génération vidéo et très peu du reste de la chaîne. C’est dommage, parce que le reste de la chaîne est l’endroit où le temps se perd vraiment.
Voici le parcours complet d’une production, étape par étape, avec ce qui change et ce qui ne change pas.
Brief et note d’intention
Vous sortez d’un rendez-vous avec des notes éparses. Dicter ces notes et demander une note d’intention structurée fait gagner une heure, et surtout fait apparaître les contradictions du brief. Demandez explicitement « quelles contradictions vois-tu dans ce brief » : la réponse vaut souvent le rendez-vous suivant.
Ce que ça ne remplace pas : votre parti pris. Une note d’intention sans point de vue est un compte rendu.
Écriture et découpage
Générer trois versions d’une même séquence, l’une resserrée, l’une plus longue, l’une racontée d’un autre point de vue, prend dix minutes et éclaire des choix que vous auriez tranchés au feeling.
Attention au piège : la facilité de production pousse à garder trop de matière. Fixez la durée cible avant d’écrire, jamais après.
Storyboard
C’est l’étape où le gain est le plus net. Un storyboard illustré cohérent, avec des références de cadre et de lumière, passe de deux jours à deux heures. Le client comprend enfin ce que vous avez en tête, et les validations arrêtent de tourner en rond.
Conseil pratique : gardez le même ensemble de références visuelles d’un plan à l’autre. La cohérence du storyboard vaut plus que la beauté de chaque case.
Préparation du tournage
Dépouillement, plan de travail, listes de matériel, feuilles de service : travail structuré, répétitif, à faible valeur ajoutée. Gain typique, la moitié du temps. Vérifiez les totaux, les modèles se trompent régulièrement en arithmétique.
Tournage
Rien ne change. Une caméra, une équipe, une lumière, une météo. C’est la seule étape où l’IA n’a strictement rien à apporter, et il est sain de le dire.
Dérushage
Transcription automatique, repérage des prises retenues, recherche par mot dans les rushes. Sur un documentaire ou un film à interviews, le gain se compte en journées. C’est probablement l’usage le plus rentable de toute la chaîne et le moins spectaculaire.
Montage
L’ours se construit plus vite grâce au dérushage indexé. Le montage fin, lui, reste entièrement humain. Le rythme, la respiration, le moment exact où l’on coupe : ce sont des décisions de sens, pas de traitement.
Étalonnage, son, habillage
Nettoyage audio, suppression de bruits, sous-titrage multilingue, génération de nappes sonores libres de droits, déclinaison des habillages. Gains réels et sans risque créatif, à condition de contrôler les traductions.
Livraison et déclinaisons
Formats multiples, versions courtes, vignettes, textes de publication. Travail volumineux, faible enjeu, forte automatisation possible.
La lecture d’ensemble
Le gain se concentre en amont et en aval. Il est quasi nul au centre, là où se joue le film. C’est rassurant, et c’est la meilleure réponse à donner à une équipe inquiète : l’IA prend les tâches que personne ne revendique, et laisse celles qui font le métier.
