La question revient dans toutes nos sessions avec des formateurs et des responsables pédagogiques. Comment savoir si ce mémoire, ce rapport, ce compte rendu a été écrit par une machine.
Les détecteurs automatiques ne répondent pas. Ils se trompent dans les deux sens, accusent des textes humains maladroits et laissent passer des textes générés puis retouchés. Les utiliser pour sanctionner quelqu’un est un risque juridique autant qu’humain.
La lecture attentive, elle, fonctionne. Voici ce qu’elle repère.
Les marqueurs de forme
1. Le tiret long partout. Peu de gens tapent un tiret cadratin au clavier français. Les modèles en produisent naturellement, souvent plusieurs par paragraphe.
2. Le triplet systématique. Trois adjectifs, trois exemples, trois arguments. Toujours trois. Un humain déséquilibre ses listes.
3. Les formules d’escorte. « Il est important de noter que », « en somme », « dans un monde où ». Elles ne portent aucune information et occupent la place d’une idée.
4. La régularité des paragraphes. Tous font quatre à cinq lignes. Un texte humain respire de façon irrégulière : une phrase seule, puis douze lignes.
Les marqueurs de fond
5. Aucun exemple daté ou situé. Les illustrations restent génériques : « une entreprise », « un client », « récemment ». Rien qui puisse être vérifié.
6. Le chiffre suspect. Un pourcentage rond, sans source, réutilisé plus loin comme s’il était acquis.
7. La conclusion qui répète l’introduction. Le texte n’a pas progressé, il a tourné.
8. L’absence de doute. Personne qui connaît vraiment un sujet ne l’expose sans réserve. Un texte sans nuance a rarement été écrit par quelqu’un qui a pratiqué.
9. Le contre-argument absent ou de paille. Quand une objection est mentionnée, elle est faible et immédiatement balayée.
Les marqueurs de voix
10. Aucune trace de la personne. Pas de préférence assumée, pas d’agacement, pas d’erreur reconnue. Le texte n’a pas de corps.
11. Le vocabulaire d’un niveau uniforme. Un humain alterne, se relâche, emploie un mot familier puis un terme technique. Un texte généré tient le même registre du début à la fin.
12. La citation vérifiable qui ne se vérifie pas. Le plus décisif des douze. Une référence, un auteur, un rapport. Vous cherchez, et l’article n’existe pas sous ce titre, ou la citation dit autre chose.
Ce que ces signes ne prouvent pas
Un texte peut réunir six de ces marqueurs et avoir été écrit par un humain pressé. Un texte peut n’en réunir aucun et sortir intégralement d’un modèle, parce que quelqu’un l’a retravaillé.
Ces douze signes servent à déclencher une conversation, jamais à conclure. La bonne question à poser n’est pas « avez-vous utilisé une IA », mais « expliquez-moi comment vous êtes arrivé à ce paragraphe ». Quelqu’un qui a pensé son texte répond. Quelqu’un qui l’a collé, non.
L’usage le plus utile : relire le vôtre
Retournez la liste. Passez-y votre propre production assistée avant diffusion. Si vous cochez plus de trois cases, votre texte parlera comme tout le monde, et il sera oublié comme tout le monde.
Corriger prend dix minutes : remplacez deux exemples génériques par deux exemples à vous, supprimez les formules d’escorte, ajoutez une réserve honnête, cassez un triplet. Le texte redevient le vôtre.
